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VMware coûte-t-il vraiment trop cher ? Le point de vue d'un admin qui a fait ses calculs

Le point de vue d'un admin qui a fait ses calculs

Depuis le rachat de VMware par Broadcom, un consensus s'est installé dans la communauté IT : VMware serait devenu inabordable, et la seule question qui vaudrait d'être posée serait « quand est-ce qu'on migre, et vers quoi ? ». Les articles « comment quitter VMware » se comptent par centaines. Les benchmarks Proxmox fleurissent. Les commerciaux Nutanix n'ont jamais eu autant de rendez-vous.

Je vais prendre le contre-pied, en connaissance de cause : j'administre et je forme sur les environnements VMware depuis des années, et j'ai vu passer suffisamment d'infrastructures — des trois hôtes de PME aux clusters d'entreprise — pour avoir un avis nourri par le terrain plutôt que par les communiqués de presse.

Ma thèse tient en une phrase : pendant quinze ans, nous avons conduit la Ferrari des hyperviseurs au prix d'une compacte. Aujourd'hui, Broadcom nous la facture au prix d'une Ferrari. C'est douloureux, c'est brutal dans la méthode — mais ce n'est pas absurde sur le fond.

Reste à vérifier si la Ferrari vaut son prix. Faisons les calculs.

Ce qui a réellement changé (les faits, sans le drame)

Remettons les choses à plat, parce que beaucoup de discussions mélangent tout :

  • Fin des licences perpétuelles. Tout est désormais en souscription annuelle ou pluriannuelle. C'est le changement le plus structurant : on ne « possède » plus sa licence, on la loue, support inclus.
  • Facturation au cœur physique, et non plus au socket, avec un minimum de 16 cœurs par CPU. Un serveur bi-socket de 32 cœurs par CPU compte donc 64 cœurs à licencier.
  • Un catalogue réduit à quatre offres : vSphere Standard, vSphere Enterprise Plus, VVF (vSphere Foundation) et VCF (VMware Cloud Foundation, la pile complète).
  • La fin de l'à la carte. NSX ne s'achète plus seul : il vit dans VCF. vSAN est inclus par dotation de capacité (de l'ordre de 1 TiB par cœur en VCF, bien moins en VVF), avec de l'extension à la capacité au-delà.

Côté tarifs, les prix catalogue publics rapportés tournent autour de 135 parcœuretparanpourVVF∗∗et∗∗350parcœuretparanpourVVF∗∗et∗∗350 pour VCF — sachant que les prix réellement négociés en volume descendent nettement en dessous, particulièrement sur des engagements de trois à cinq ans.

Oui, pour beaucoup d'organisations, la facture a augmenté. Parfois violemment, surtout pour celles qui vivaient sur des licences perpétuelles amorties depuis longtemps et un simple contrat de support. Mais « la facture a augmenté » et « le produit ne vaut pas son prix » sont deux affirmations très différentes. Examinons la seconde.

L'étude de prix : trois scénarios concrets

Scénario 1 — La PME : 3 hôtes, 2 CPU de 16 cœurs

Soit 96 cœurs à licencier. En VVF au prix catalogue, on parle d'environ 13 000 $ par an ; négocié, sensiblement moins. Pour ce budget, la PME obtient : vSphere, vCenter, DRS, HA, vMotion, une dotation vSAN, le tout avec support éditeur.

Comparons honnêtement : Proxmox VE en souscription entreprise coûte de l'ordre de 440 € par socket et par an, soit environ 2 600 € pour les mêmes 6 sockets. Sur le papier, c'est cinq fois moins cher. Sur le terrain, il faut ajouter ce que la facture ne montre pas : la montée en compétence des équipes (Ceph n'est pas vSAN, la HA Proxmox n'est pas le DRS), l'outillage de sauvegarde à revalider, les matrices de compatibilité éditeurs à vérifier, et le coût du projet de migration lui-même — souvent chiffré en dizaines de jours-homme.

Verdict honnête : pour cette PME, l'alternative est économiquement défendable si l'équipe a l'appétence technique. C'est le segment où le débat est le plus légitime.

Scénario 2 — L'ETI : 400 cœurs, besoins de segmentation réseau

C'est ici que le calcul bascule. Dès qu'une organisation a besoin de micro-segmentation, de pare-feu distribué, ou d'un réseau overlay indépendant du matériel, la comparaison change de nature : il ne s'agit plus de comparer des hyperviseurs, mais des piles complètes.

Avant Broadcom, NSX seul se facturait de l'ordre de 1 200 $ par CPU et par an, en plus de vSphere, en plus de vSAN, en plus de la suite d'exploitation. Reconstituer l'équivalent de VCF en briques séparées — quand c'était encore possible — coûtait souvent plus cher que le bundle actuel. C'est le paradoxe que peu de gens font l'effort de calculer : à périmètre fonctionnel égal, VCF n'est pas une inflation, c'est une consolidation.

Le vrai grief, légitime, c'est le bundle forcé : payer NSX qu'on n'utilise pas. Mais si vous l'utilisez — ou si votre feuille de route sécurité l'exige — le bundle joue en votre faveur.

Scénario 3 — La grande structure : 1 500 cœurs et plus

À cette échelle, trois réalités s'imposent. Un, les prix négociés n'ont plus rien à voir avec le catalogue : les organisations bien préparées obtiennent des tarifs par cœur très inférieurs aux prix de liste sur des engagements pluriannuels. Deux, le coût de la licence devient une fraction du TCO : l'exploitation, les compétences, l'outillage, la conformité et la continuité d'activité pèsent bien davantage. Trois, le coût d'une migration à cette échelle — re-plateformage de centaines de VM, revalidation des PRA, requalification des équipes, double-run pendant la transition — se chiffre en années-homme et en risques opérationnels bien réels.

Pour une grande structure qui exploite réellement NSX, vSAN et l'automatisation de la pile, quitter VMware pour économiser sur la licence revient souvent à économiser sur le moteur pour dépenser sur la dépanneuse.

Ce que les alternatives gratuites ne font pas (encore)

Parlons fonctionnalités, parce que c'est le cœur du sujet. Il ne s'agit pas de dénigrer Proxmox, XCP-ng ou Hyper-V — chacun a sa clientèle et ses cas d'usage légitimes. Il s'agit de nommer précisément ce qui n'a pas d'équivalent.

NSX : le réseau comme logiciel

La micro-segmentation avec pare-feu distribué au niveau de la carte réseau virtuelle de chaque VM, des politiques de sécurité qui suivent la VM dans ses déplacements, un réseau overlay complet découplé du matériel physique, l'insertion de services de sécurité tiers dans le flux : cet ensemble n'existe dans aucune solution libre de manière intégrée et supportée. On peut approcher certaines briques avec Open vSwitch, des VLAN et beaucoup d'huile de coude — on n'approche pas le modèle opérationnel. Pour une organisation soumise à des exigences de cloisonnement (santé, finance, industrie, NIS2), c'est souvent la fonctionnalité qui justifie à elle seule la pile.

vSAN : le stockage piloté par politiques

Le stockage hyperconvergé existe ailleurs — Ceph le prouve chaque jour. Ce que vSAN apporte de spécifique, c'est le pilotage par politiques à la VM près : tolérance de panne, chiffrement, provisionnement définis par objet et modifiables à chaud, clusters étendus entre deux sites avec bascule automatique, et une intégration native avec DRS et HA. Ceph est un excellent système de stockage distribué ; vSAN est un système de stockage pour VM, pensé et outillé comme tel. La nuance paraît fine sur le papier ; en astreinte à 3 h du matin, elle ne l'est pas. C'est d'ailleurs un sujet que je fais manipuler en formation : la différence se comprend en dix minutes de pratique, bien mieux qu'en dix slides.

La maturité opérationnelle

DRS qui équilibre les charges en continu, vMotion qui déplace sans interruption des VM de plusieurs téraoctets de RAM, vSphere HA éprouvé sur deux décennies, la profondeur de l'écosystème (sauvegarde, supervision, PRA, matrices de support des éditeurs métier) : cette maturité ne se lit pas sur une fiche produit, elle se mesure en incidents évités. Les alternatives progressent vite, et c'est tant mieux pour tout le monde. Mais en 2026, l'écart existe encore, et il est là où ça fait mal : dans les cas dégradés.

Alors, qui a raison ?

Tout le monde, selon son contexte — et c'est précisément pour ça que les débats en ligne tournent en rond.

  • Le lab, le passionné, la très petite structure : Proxmox ou XCP-ng sont d'excellents choix. Aucun débat.
  • La PME sans besoins réseau avancés, avec une équipe technique solide : l'alternative se défend, à condition de chiffrer le projet de migration et la montée en compétence, pas seulement la licence.
  • L'organisation qui a besoin de NSX, de vSAN étendu, d'une automatisation profonde ou de garanties de support fortes : VMware reste, à mon sens, sans équivalent réel — et son prix actuel, rapporté au périmètre fonctionnel, est plus défendable que la rumeur ne le laisse entendre.

La méthode de Broadcom — brutalité des renouvellements, bundles imposés, pression commerciale — mérite les critiques qu'elle reçoit. Le produit, lui, n'a jamais été aussi complet. Il faut savoir séparer les deux jugements.

Conclusion : payer la Ferrari au prix de la Ferrari

Pendant quinze ans, le marché s'est habitué à une anomalie : la pile de virtualisation la plus aboutie du marché, vendue à des tarifs qui ne reflétaient pas son périmètre. Cette anomalie est terminée. On peut le regretter — je le regrette aussi pour les petites structures, premières victimes du nouveau modèle. Mais pour celles qui exploitent réellement les capacités avancées de la plateforme, la question n'est pas « VMware est-il devenu trop cher ? ». C'est : « qu'est-ce que ces fonctionnalités valent pour mon organisation ? ».

Cette question-là ne se tranche ni sur LinkedIn ni dans un communiqué de presse. Elle se tranche avec un inventaire de parc, un chiffrage honnête des deux scénarios — rester et négocier, ou partir et migrer — et une évaluation lucide des compétences internes. C'est exactement le type d'exercice que je mène avec mes clients et mes stagiaires, et dans les deux sens : j'ai déjà conclu qu'une migration était le bon choix pour certains. C'est peut-être le meilleur argument de cet article : quand on n'a rien à vendre d'autre que le bon choix, on peut se permettre de défendre la Ferrari quand elle le mérite.

Cet article ouvre une série d'été sur la valeur réelle de la pile VMware : études de prix détaillées, démonstrations NSX et vSAN, et grille de décision. Une publication par semaine.

Notes et sources

Les tarifs cités correspondent aux prix catalogue publics rapportés début 2026 (VVF ≈ 135 /cœur/an,VCF≈350/cœur/an,VCF≈350/cœur/an, minimum 16 cœurs par CPU) et aux tarifs publics Proxmox Server Solutions. Les prix réellement négociés varient fortement selon le volume, la durée d'engagement et le contexte concurrentiel. Sources principales : documentation Broadcom (techdocs.broadcom.com), guides de licensing indépendants (Atonement Licensing, Redress Compliance), tarifs publics Proxmox.

VMware coûte-t-il vraiment trop cher ? Le point de vue d'un admin qui a fait ses calculs
Benoît-M. Monteil July 9, 2026
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